Le chômage va durer en Europe13/07/2015  



L’édition 2015 des Perspectives de l’emploi montre qu’environ 42 millions de travailleurs sont actuellement sans emploi dans la zone OCDE ; ils étaient 45 millions en 2014, mais ils sont toujours 10 millions de plus qu’avant la crise. Le chômage dans les 34 pays membres de l’OCDE devrait continuer à reculer au cours des 18 prochains mois, pour s’établir à 6.5 % au dernier trimestre 2016, mais il restera supérieur à 20 % en Grèce et en Espagne. « Le temps presse pour empêcher que les séquelles de la crise ne deviennent permanentes et que des millions de travailleurs ne se retrouvent piégés au bas de l’échelle économique », a estimé Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, à l’occasion de la présentation du rapport à Paris. « Si cela se produit, la crise aura eu pour conséquence à long terme d’aggraver encore un peu plus des inégalités déjà bien trop élevées. Les gouvernements doivent agir maintenant pour éviter une hausse permanente du nombre de travailleurs enlisés dans un chômage chronique ou alternant entre chômage et emplois peu rémunérés et précaires. »
 
Les Perspectives soulignent que le chômage de longue durée se situe toujours à des niveaux inacceptables. Plus d’un chômeur sur trois dans les pays de l’OCDE est sans emploi depuis au moins douze mois, ce qui représente 15.7 millions de personnes et, une hausse de 77.2 %, depuis fin 2007. En outre, plus de la moitié de ces travailleurs sont au chômage depuis au moins deux ans, ce qui amoindrit leurs chances de retrouver un emploi.
Le chômage élevé et persistant des jeunes reste également une préoccupation majeure. Si le taux de chômage des jeunes a déjà atteint son plus haut niveau dans les pays d’Europe du sud les plus durement touchés par la crise, il demeure plus élevé qu’avant la récession dans pratiquement tous les pays de l’OCDE. La proportion de jeunes déscolarisés, inactifs et qui ne suivent aucune formation est toujours plus élevée qu’en 2007 dans plus des trois quarts des pays de l’OCDE chez les 20‑24 ans et dans près des deux tiers des pays chez les 25‑29 ans.
En outre, le rapport montre que les perspectives d’évolution professionnelle à long terme se décident en grande partie au cours des dix premières années de la vie active, ce qui fait craindre que pour les nombreux jeunes qui ont fini leurs études pendant la crise et qui éprouvent des difficultés à s’insérer dans la vie active, les perspectives de carrière ne soient limitées.
Le rapport indique, par ailleurs, que l’emploi à temps partiel s’accroît : le pourcentage des actifs ayant un contrat à temps partiel est passé de 18.6 % avant la crise à 20.6 % actuellement. Il atteint son maximum aux Pays‑Bas (51.7 %) et en Suisse (36.8 %), et il dépasse 25 % en Allemagne, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Norvège, au Royaume‑Uni et en Suède. Dans de nombreux pays, les actifs ont choisi de travailler à temps partiel, mais dans des pays comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne de nombreux travailleurs à temps partiel recherchent un poste à temps plein.
Parallèlement, la part de l’emploi temporaire a peu évolué depuis le début de la crise. Elle a beaucoup diminué pendant la récession, mais augmente aujourd’hui avec la reprise, de nombreux employeurs préférant en effet augmenter leurs effectifs par le biais de contrats temporaires.
La progression des salaires s’est ralentie, passant d’un niveau annuel de 1.8 % entre 2000 et 2007 à 0.5 % depuis. Ce ralentissement a contribué à limiter les pertes d’emploi pendant la crise et favorise depuis le redressement de l’emploi, mais une progression salariale plus lente, voire en recul en valeur réelle dans certains pays, entraîne également une diminution des revenus de nombreux ménages, ce qui aggrave encore un peu plus les difficultés économiques.
L’OCDE estime souhaitable que les responsables publics déploient plus d’efforts pour aider les demandeurs d’emploi, notamment les chômeurs de longue durée et les jeunes, à retrouver un travail. Dans certains pays, les programmes de retour à l’emploi et de perfectionnement supportent une part trop importante de l’effort d’assainissement budgétaire et des moyens supplémentaires sont nécessaires. Les dépenses unitaires réelles affectées aux programmes actifs du marché du travail ont reculé, entre 2007 et 2013, de plus de 50 % en Espagne, en Irlande, en Italie et au Royaume‑Uni, et de plus de 40 % en Australie.
Des institutions et des politiques du marché travail efficaces, y compris des partenariats public‑privé pour le placement et la formation des demandeurs d’emploi, sont essentielles pour motiver les chômeurs, notamment de longue durée, améliorer leur employabilité et élargir leurs possibilités de trouver et de garder un emploi adapté.
Les données présentées dans les Perspectives montrent que, s’il est fixé à un niveau adéquat, le salaire minimum n’a que des effets négatifs minimes sur l’emploi et contribue à améliorer le niveau de vie des ménages à faible revenu. Il doit cependant être bien coordonné avec le système de prélèvements et de prestations afin de veiller à ce qu’il se traduise par des revenus disponibles plus élevés pour les ménages qui en ont le plus besoin.

 


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